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Ce que tous les prophètes de l'Ancien Testament attendaient avec nostalgie et espérance arrive aujourd'hui. Cette attente, cette foi, cette souffrance aussi s'expriment dans le cri du prophète Isaïe : « Ah, si Tu déchirais les cieux et descendais, devant Ta Face les montagnes seraient ébranlées» (Is 63,19). C'est une folle espérance dont les voyants de l'Ancienne Alliance ne pouvaient même imaginer comment et quand elle pourrait se réaliser. A mesure que les siècles passaient, le pressentiment grandissait en Israël. Pourtant, lorsque Jésus vient dans le monde, Son peuple et Sa ville ne reconnaissent pas le jour de Sa visitation. Mais, que le monde le sache ou non, le reconnaisse ou non, la venue de Jésus sur la terre consacre ou plutôt inaugure les épousailles de Dieu et de l'humanité, du Créateur et de Sa créature. Le monde n'est pas un monde inanimé, c'est un monde vivant, un monde que Dieu aime. Saint Jean le dit dans son Evangile : « Dieu a tant aimé le monde qu'Il a envoyé Son Fils unique » (Jn 3,16).
Les noces de Dieu et du monde que Jésus est venu sceller en devenant petit enfant, puis adulte, en passant par la mort et la résurrection, ces noces sont chantées par l'Eglise aujourd'hui dans une hymne qui est aussi celle de l'office de mariage : «Réjouis-toi, danse, Isaïe, voici que la Vierge a conçu et a enfanté ton Fils, Emmanuel» (Hirmos de la 9ème ode du second canon des matines). Ainsi, chaque fois que nous célébrons un mariage, nous rappelons que l'amour de l'homme et de la femme est à l'image de l'amour éternel et infini de Dieu et de Sa créature, de Dieu et de l'homme.
Dans l'Evangile de Matthieu, l'incarnation du Christ est annoncée par l'ange qui apparaît en songe à Joseph; dans l'Evangile de Luc, par l'archange Gabriel qui apparaît à Marie. Dans l'Evangile de Jean, rien de semblable. « Et le Verbe s'est fait chair et Il a habité parmi nous» (Jn 1,14) : l'évangéliste Jean dans son prologue annonce l'Incarnation presque avec brutalité, comme un coup de tonnerre dans un jour ensoleillé. « Et le Verbe s'est fait chair» : il y a dans cette déclaration un contraste entre la réalité du Verbe, la seconde Personne de la Sainte Trinité qui était «auprès de Dieu depuis le commencement» et notre existence humaine charnelle, froide et ténébreuse. Quelques versets avant, l'évangéliste Jean disait : « La lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l'ont pas saisie ... Il est la Lumière véritable qui illumine tout homme venant dans le monde» (Jn 1,5 et 9). Le Verbe vient habiter parmi nous, dans le monde des ténèbres et du péché. II y a, dans cette fête de Noël, un contraste entre la lumière et les ténèbres, entre la vie et la mort. La mort est celle dans laquelle le monde est plongé en raison du péché, de la désobéissance. Les ténèbres sont celles de l'ignorance. Elles recouvrent encore la terre, car les hommes ne reconnaissent pas la lumière du Christ. Le monde va son chemin, ignorant le plus souvent, refusant ou négligeant ce mystère de vie, ce mystère d'amour infini de Dieu à son égard.
Nous qui avons connaissance de ce mystère, essayons, non pas seulement pour nous-mêmes, mais pour le monde auquel nous appartenons et qui nous entoure, essayons de vivre cette venue de l'Emmanuel, de «Dieu avec nous», puisque tel est le sens de ce nom, comme si nous la vivions pour la première fois. Nous nous habituons trop facilement au mystère du Salut, nous nous habituons trop facilement au dimanche, à la communion, aux fêtes, à Pâques et à Noël aussi. Nous devrions retrouver cette joie inattendue des bergers, cette exaltation, cet émerveillement à la vue de cet enfant qui est là, dans la crèche et dont nous connaissons, nous, la véritable identité. Nous savons que ce n'est pas seulement un enfant humain, mais qu'II est le Fils de Dieu, le Fils du Père éternel, Celui en qui repose toute la plénitude de la divinité corporellement, comme le dit saint Paul. Dès maintenant, dès Bethléem, dès la crèche dans la grotte, la plénitude de la divinité repose en Jésus. Bien sûr, II grandira, II passera par tous les stades de l'enfance, de l'adolescence jusqu'à l'âge adulte. Nous ne savons pratiquement rien de cette période de Sa vie cachée. Nous savons seulement qu'« Il grandissait en grâce et en sagesse» ; nous savons aussi que Ses premières paroles ont été pour parler de Son Père : « Ne savez-vous pas que je dois être aux choses de mon Père ?», répond-II à Ses parents inquiets de Sa disparition à Jérusalem. Ainsi, en Jésus, dès l'enfance a résonné le nom de Père, le nom d'Abba. Dès le premier instant, l'intimité, l'unité de cet enfant Jésus avec le Père céleste, le Créateur du ciel et de la terre, est totale et parfaite.
Essayons donc aujourd'hui d'accueillir ce don de Dieu qui s'appelle Jésus, «Dieu sauve», et Emmanuel, «Dieu avec nous ». Rappelons-nous la gratuité de ce don pour lequel nous ne sommes pas et nous ne serons jamais assez préparés, ce don que nous recevons dans nos cœurs comme un gage d'infini, ce don qui ouvre sur toute la vie du Christ, le baptême dans quelques jours, la Passion et la Résurrection. Dès aujourd'hui nous sommes invités à entrer dans le chemin de l'ascèse et du combat spirituel, remplis de cette joie imméritée, de ce don gratuit de Dieu. Souvent nous avons l'impression que Noël arrive sans que nous ayons vécu suffisamment le temps de l'Avent, le temps de l'attente. Pourtant Dieu est là, II vient dans nos cœurs. Oublions donc nos tristesses, nos misères, nos querelles, et si nous ne pouvons pas les oublier totalement, déposons-les à Ses pieds ; déposons dans la grotte tous nos soucis, nos maladies, nos incertitudes, nos angoisses, nos inquiétudes; offrons notre existence et celle de nos proches à Celui qui nous visite aujourd'hui dans un mouvement infini d'amour. Car ce n'est pas pour nous seuls que nous accueillons Jésus, c'est pour le monde entier. Chaque cœur qui reçoit Jésus Le reçoit pour le monde. C'est ainsi que s'accomplit l'union nuptiale de Dieu et du monde, par l'union de chacun de nous avec Dieu. Car nous sommes appelés à être non seulement les témoins de ces épousailles, mais ses instruments et ses médiateurs, particulièrement à travers notre œuvre missionnaire.
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